Joyce e l’arte
supplenza, sublimazione, sinthomo

I Convegno Nazionale ALIPSI

Colloquio franco-italiano

Trieste, 31 marzo 1 aprile 2012

 

In collaborazione con l’Association de psychanalyse Jacques Lacan ed Espace Analityque.

JAMES JOYCE, UN TRIESTIN ANOMALE

And trieste, ah trieste ate I my liver!” Ainsi écrivait James Joyce dans Finnegans Wake. Propos étonnant, vu qu’il définissait Trieste le seul endroit où il lui était possible d’écrire. Joyce y arriva en 1904, jeune homme fauché en quête de travail, un exilé, un artiste, un Ulysse. La ville, au fond de son golfe, entourée de collines bleues ciel, n’était pas sans lui rappeler son Dublin. C’est ici que, toujours en précaire, il fut enseignant, conférencier, journaliste, employé, élève de chant et traducteur

Trieste, au début du XXè siècle, était une ville aux multiples facettes, capitale de l’Europe centrale, carrefour d’un empire, florissant port de mer, au croisement entre l’Europe occidentale et orientale, creuset du neuf et de l’ancien, ville de confrontations radicales et d’échanges intenses, multiethnique et cosmopolite, un microcosme constitué d’une multiplicité de races, de langues et de traditions. Lieu de rencontre pour écrivains et artistes, elle fut aussi la porte d’entrée de la psychanalyse en Italie.

Parmi toutes les langues parlées dans la ville, c’est le patois des natifs qui l’emportait, spirituel, vif et multiethnique lui aussi, puisqu’il se nourrissait de l’allemand, du français, des langues slaves. L’écrivain s’en empara dans toutes ses nuances sans nombre et ses détails intraduisibles. Il le parlait avec sa femme et ses enfants, nés à Trieste, jusqu’au jour de sa mort.

Accablé de dettes qui le contraignirent à changer tout le temps de logement, et d’emprunts souvent non rendus, il vécut désargenté et pauvre dans les quartiers des pauvres. Il n’arrêta jamais de faire le tour des bistrots, en buvant sans se retenir, en discutant de socialisme avec les débardeurs ou en chantant à tue-tête les chansons du coin. Tout en donnant des cours d’anglais à des aristocrates, par des méthodes originales et parfois bizarres, il fut près de ce peuple qu’il aimait et dont il chanta l’esprit. Ils l’appelaient professor Zois, mais pendant toute sa permanence il a aimé se présenter en disant : “Mi son Jacomo”.

Depuis Trieste, dans une carte adressée à son frère, il affirmait: “Le premier épisode de mon nouveau roman Ulysses est terminé”. Avant de partir pour Zurich, après la première année de guerre, en 1915, il avait achevé les chapitres Télémaque et Nestor, ainsi que, probablement Prothée, qu’il reprit en Suisse. Mais dans les années précédentes, à Trieste, il avait complété Dubliners, édité le recueil de poèmes Chamber Music, reécrit entièrement Stephen Hero rebaptisé A Portrait of the Artist as a Young Man, écrit la pièce Exiles. Depuis sa rencontre avec Livia Veneziani Svevo on a prétendu que dans l’un de ses livres se trouverait une dame avec l’enviable chevelure de la femme de l’auteur de Zeno. En effet, Joyce en empruntt aussi le nom, l’un des personnages les plus importants de Finnegans Wake étant Anna Livia Plurabelle, dont les très longs cheveux représentent le Liffey, le fleuve qui traverse Dublin.

Rentré à Trieste, à la fin de la guerre, il ne fut plus à l’aise dans une ville dégradé à banlieue. Dans son dernier et inconfortable logement il poursuivit Ulysse, en rédigeant les épisodes Nausicaa et Les troupeaux du soleil et en commençant Circé jusqu’au jour où il partit pour Paris, sans plus revenir. En évoquant Trieste, il dira aux amis parisiens: “Il m’est impossible de vous décrire l’atmosphère du vieil empire des Habsbourgs. Il était un peu branlant, mais gai et fascinant”.

Suppléance, sublimation, sinthome et encore nomination, forclusion, père-version, lalangue seront les concepts majeurs de la psychanalyse contemporaine qui guideront notre travail dans le Colloque franco-italien qui aura lieu à Trieste le 31 mars et le 1°avril. La traduction du sens métaphorique de la formation de l’inconscient dans le domaine de la dimension symbolique n’est pas la seule à orienter une analyse lacanienne. Dans le symptôme joycien Lacan cherche le signe d’une jouissance absolue, une opacité intraduisible. La polyphonie de la parole est intrusive pour Joyce, elle devient réelle, la jouissance de la parole n’est pas facilité par le sens e par l’imaginaire. Joyce suit la voie de l’invention, il soigne son symptôme avec l’art et par l’écriture entoure le réel, en transformant l’obstacle en ressource artistique jusqu’à faire de son sinthome son nom propre.

Encore aujourd’hui nous pouvons voir le grand écrivain irlandais se promener dans la ville. Nous vous attendons pour suivre ses pas.

Le Comité d’Organisation